Papa, merci d’être mon papa

Source: google.fr
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Ne te dis pas qu’il m’a fallu plus de 30 ans pour savoir ce que tu représentes pour moi. C’est juste qu’il m’a fallu trente ans pour trouver les mots justes et t’exprimer ce que je ressens.

Papa, parti de Garoua, ta région natale, pour regagner le centre, il t’a fallu du courage pour laisser tous tes proches et entreprendre ce voyage tout seul. Je dirais comme on le dit chez nous quand tu es courageux que « Tu avais le sang à l’œil ». Si tu partais à l’aventure, tu as finalement croisé ta dulcinée et tu as du rester et fonder ta famille.

De très courtes années de bonheur entre vous qui nous ont fait naître mon frère et moi. Maman est partie. Je ne dirais pas trop tôt, mais juste au moment que Dieu a voulu. Nos pleurs, nos lamentations, nos prières ne pouvaient pas la ramener mais juste accompagner son âme.

Un homme de 32 ans avec deux enfants, ce n’est pas facile. Tu aurais bien pu, pendant toutes ces années de célibat, aligner les conquêtes  et faire d’elles tes épouses comme te le permet ta religion. Tu aurais pu nous imposer des belles mères horribles comme ce rôle qu’elles aiment bien jouer. Orphelin toi-même, tu as vécu très jeune ce que vivent tous les enfants qui perdent une mère et doivent subir les péripéties de la polygamie. Si nous avions mal à la tête, toi aussi tu te sentais mal. Dormir sans manger ? Marcher pied nu ? Non. Pleurer ? Jamais.

Tu viens du septentrion mais tu m’as envoyé à l’école. Tu viens du septentrion, mais tu n’es pas polygame. Tu viens du septentrion, là où les femmes sont vêtues de pagne mais moi, je porte la jupe et les pantalons. Tu portes la chechia et moi la casquette. Tu es musulman, je suis chrétienne. Tu fête le ramadan, la tabaski et cela ne t’a jamais empêché de me laisser fêter Noel ou Pâques. Tu, tu…. Et la liste est longue.

J’avoue que quand j’étais plus jeune, je me réjouissais du fait que tu n’aies permis à personne de prendre la place de maman. J’avoue que quand il a fallu te quitter et aller former ma famille, j’étais triste. Triste de te laisser seul, après tout ce que tu as sacrifié pour mon bonheur. Je réalise qu’il te fallait une compagne. Je réalise que toutes ces années j’étais aussi comme ta compagne. Quand il faut se séparer il n’y a que nos souvenirs qui m’accompagnent.

D’autres peuvent choisir d’aimer leur père ou leur mère. Quelle chance pour eux qui ont encore leurs parents en vie. Moi, je n’ai que toi. Pas de choix. Tu es mon père et ma mère. Tu es l’homme avec qui je suis mariée à vie. Si je suis rejetée, tu es le seul vers qui je peux me tourner. Le seul qui m’acceptera toujours que je sois handicapée, aveugle, chômeuse, paresseuse ou bête. Tu es l’un de ceux qui m’aiment  sans intérêt. Tu es l’homme de ma vie, mon père et je te dis merci.

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Salma
Salma est Camerounaise et journaliste, formée à l'ESSTIC. Elle a été reporter pendant 10 ans pour le mensuel sur la santé des adolescents «100% jeune». Elle a également travaillé pour le magazine sur l'environnement «Together». Sur la toile, elle a travaillé pour des sites comme Goducamer.com, cameroon-info.net, Mboablog, Kamerhiphop, reglo.org. Elle est une passionnée par l'écriture en ligne. Actuellement à Bamenda, elle est journaliste à la Radio Evangelium. Elle continue à évoluer dans la presse écrite en tant que correspondante pour des parutions telles que «Horizons 2035» et «Musiki».

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