À Bamenda, les locks sont une mine d’or

J’aime Bob Marley, Luky Dube, Wycleff Jean, Lauryn Hill. Ce que ces stars ont en commun est qu’à une époque certains avaient des locks. On a bien voulu attribué à ce look, un style de musique : le reggae. Une musique venue de Jamaïque qui se retrouve partout dans le monde de nos jours. Dans un documentaire sur le sujet, des mentors du mouvement expliquait que c’est la meilleure voie pour faire passer un message, mais surtout un message de paix, d’amour, un peu paradoxale quand j’écoute le titre  « get up, stand up, stand up for your right » de Bob Marley. Bon je suis novice dans le domaine.

Au Cameroun, une personne qui a des locks a cette connotation de droguée. Serge Katembera  se souviendra bien de notre conversation sur le sujet à Dakar. J’avais voulu savoir pourquoi il avait choisi ce look. Bon cela était plutôt une question de goût pour lui. Chez nous, les gens avec des looks sont un peu comment dire « déconnectés » je dirais. Je parle de la majorité que j’ai côtoyée.

photos: Salma
photos: Salma

Durant mon parcours avec des amis qui avaient des locks, je me suis longtemps dis qu’il c’était passé quelque chose. Je vous explique pourquoi. Un jour vous vous levez vous rencontrez votre ami de longue date qui garde des cheveux. Question « c’est quoi ces cheveux là ? »Réponse « je n’ai pas d’argent ». Vous lui donner de l’argent, mais il garde toujours ses cheveux. Chaque jour vous vous rendez compte que ses cheveux se bouclent de plus en plus, et avec cela, il laisse aussi la barbe poussée. Les jours suivants, il n’écoute que du reggae. Il faut désormais ajouter « Jah » à son nom. Il porte désormais des vêtements, des bracelets, des T-shirts aux couleurs de la Jamaïque ou avec des effigies de Bob Marley dessus, sans oublier le bonnet évidemment. Il ne vous parle que du « spirituel », de « jah son dieu qui inspire ». Pour danser il lui faut secouer la tête et dandiner en levant soit la main gauche ou droite, avec le poing fermé et l’autre main sur le torse. Il ferme les yeux, il est concentré, dans son monde je dirais.

Je pense qu’il faut être dans le mouvement pour le comprendre. Les gens avec des locks sont considérés comme des voyous, des drogués. Drogués parce que la plupart de ceux que j’ai fréquentés étaient ou voulaient devenir des artistes et ils fumaient de l’herbe et vous racontaient ces choses que l’on ne voit que lorsqu’on plane déjà.  J’en ai aussi vu qui n’en prenne pas, cela existe.

À Bamenda, j’ai découvert que l’on peut se faire de l’argent avec ses locks. Hé oui ! Des gens se font de l’argent avec ces tresses. Si certains sont désormais séduits par les mèches brésiliennes, péruviennes, chinoises, indiennes, ou que sais-je encore, à Bamenda c’est autre chose. Les femmes et les hommes qui ont des locks mettent le prix pour entretenir leurs tresses. Les clients préfèrent celles des femmes car plus entretenues. Quand les tresses ont atteint une certaine longueur, ils les coupent et les gardent en prenant soin de les entretenir de temps en temps en attendant les clients.

Il y’en a qui sont des spécialistes de la chose. Ils consacrent leur vie à faire pousser des locks de taille et de teinte différents, pour les donner à des propriétaires de salons de coiffure qui se chargent de les revendre. Le prix dépend de la taille des tresses. On retrouve des tresses de 12 pouces, 14 pouces, 16, 18, etc. le prix varie de 50 à 150000fcfa/touffe. Pour vendre vos locks, vous devez bien sur mettre le prix en ce qui concerne l’entretien. Utiliser de bons produits, les laver, les parfumer, les colorer, tout ceci pour qu’elles aient une belle texture. Pour tout ceci, il faut débourser en moyenne 15000f par mois pour l’entretien, mais le gain en vaut la peine.

Les clients viennent la plupart du temps des Etats-Unis. Ils sont aussi propriétaires de salon de coiffure de ce côté-là, et ont une forte demande. La  technique est simple. Si vous voulez des locks et que par exemple vos cheveux ne poussent pas vite, il est question ici de  trouver des locks longs et de procéder à une rallonge, ainsi plus vos cheveux grandiront, plus vos locks s’allongeront.

Le gain considérable fait que les populations de Bamenda ont mis de côté les superstitions. Oui en Afrique et au Cameroun particulièrement, on ne laisse pas ses cheveux n’importe comment et à n’importe qui, c’est un élément très facile pour vous faire du mal chez les tradi-praticiens (sur ce plan demandez ce qu’il en est aux albinos). Pour obtenir des locks faut « avoir le réseau », vous n’en trouverez pas dans tous les salons, faut bien vous renseigner. Alors qui à des locks à vendre ?

 

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Salma
Salma est Camerounaise et journaliste, formée à l'ESSTIC. Elle a été reporter pendant 10 ans pour le mensuel sur la santé des adolescents «100% jeune». Elle a également travaillé pour le magazine sur l'environnement «Together». Sur la toile, elle a travaillé pour des sites comme Goducamer.com, cameroon-info.net, Mboablog, Kamerhiphop, reglo.org. Elle est une passionnée par l'écriture en ligne. Actuellement à Bamenda, elle est journaliste à la Radio Evangelium. Elle continue à évoluer dans la presse écrite en tant que correspondante pour des parutions telles que «Horizons 2035» et «Musiki».

10 commentaires sur “À Bamenda, les locks sont une mine d’or

  1. Moi je vends les miennes!!! (blague)! C’est drôle ce que tu racontes car en France, je pense que les locks sont beaucoup plus présentes sur les têtes de qui-peuvent-en-faire, car ça donne un air « cool »! Je ne te cache pas que c’est surtout dans les milieux artistiques, car là aussi il faut avoir un travail qui s’y prête! A Dakar, on me disait que les hommes qui se faisaient des locks le faisait pour plaire aux « toubabs » (rire)! Mais comme le disait notre chère NathyK, « on peut avoir des locks et un bon métier »! Je pense que ça reviendra de plus en plus, dans le sens du phénomène Nappy (combinaison de « natural » and « happy »qui consiste à garder les cheveux au naturel) même si j’imagine que là aussi celà demande énormément d’entretien et que cela coûte cher. En tout cas, ces histoires de cheveux me passionnent!

      1. Hi salma!

        Je suis profondément choqué d’apprendre que « Porter des locks rime avec toxicomanie », pour ta personne. ce qui est coutume à Bamenda, n’est forcement pas le reflet de la réalité ailleurs.

        Hormis tes voyous et drogués, le retour au cheveux naturel est une affirmation de son identité culturelle et la valorisation de la texture de cheveux crépu.

        je suis graphiste et je porte des locks et je suis pas un artiste. Je fais correctement mon boulot, et que je suis compétent. J’ai juste choisi de ne pas modifier la texture de mes cheveux. tandis que certaines défrise leurs cheveux pour ressembler a je ne suis pas quoi.

        Alors Avec les Nappys, la pensée unique capillaire n’a qu’à bien se tenir. Ces jeunes femmes et hommes modernes rappelle à tous que le non conformiste commence dans la tête voir sur la tête en prônant la reconnaissance Africaine et la fierté de soi en vue de revaloriser le cheveu crépu ou lockés.

      1. tu ne devrais pas être choqué et je n’écris pas seulement ce que je pense mais je parle de l’avis de la majorité des gens avec qui j’ai échangé, rassure toi jai bien dis que yen a qui ne le sont pas. c’etait mon avis, un constat et toi aussi tu as ta réalité. merci Ivo

    1. tu ne devrait pas être offensé mais plutôt me donner ton avis sur la question. On échange et rassures toi j’ai un tout autre regard sur la chose aujourd’hui.

  2. Les locks c est une question de goût moi il ya dix mois de cela j ai choisi avoir les cheveux naturels je ne suis ni drogué j aimerais savoir où exactement à bamenda je peux me procurer les fausses locks

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