Ces choses qui font que le Sida ne partira pas de sitôt

Le 1er décembre on célèbrera encore la journée mondiale de lutte contre le Sida. Je vois d’ici le spectacle habituel, dépistage volontaire et anonyme (la précision en vaut la peine), table-ronde, discours, les artistes sont aussi présents, quoi ? Faut bien que l’on se divertisse en attendant de se faire dépister. La population veut se tromper en disant que ce sont de nombreux millions que l’on gaspille chaque année pour cette journée et aussi un moyen de faire fructifier la vente des préservatif, se sont là autant de choses qui font que la maladie ne disparaitra pas.

Le « full contact »

Les camerounais adorent ça. Il faut voir les nombreuses expressions qu’ils ont trouvées pour ne pas se chausser « ça freine le mouvement », « est ce qu’on mange la banane avec la peau », etc. Tant de raisons qu’ils évoquent pour que leur partenaire ne résiste pas et cède. Les camerounaises aussi j’oubliais, on a beau parler de « féminisation de la maladie » ; pour elles c’est « le gros français », elles n’y croient pas et en plus il est difficile pour elles d’imposer le port du préservatif à leur partenaire ? Elles vous sortiront des phrases du genre « il a refusé de mettre je devais faire comment ? », « si je lui demande de le faire, il va se fâcher et tu sais ce que cela veut dire : pas d’argent de ration pendant un bon moment », « si je refuse, il ira dehors », c’est là leur plus grande crainte. Les camerounaises sont hantées par le fait que leur homme va voir ailleurs et pour que cela n’arrive pas, elles sont prêtes à mettre leur vie en danger. Le partenaire a beau aligner les conquêtes, cela ne les empêchera pas au moment de la réconciliation d’avoir de rapport sexuel sans protection. Les hommes ont compris que la plupart des femmes sont attachées à leur porte-monnaie et cela leur permet de créer la dépendance et d’exiger certaines choses comme les rapports sexuels sans protection.

source: google
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Les salons de coiffure

Un aspect bien négligé de la lutte contre le Sida. S’il est vrai que la voie sexuelle est la première en ce qui concerne les voies de contamination, il est aussi vrai que les autres voies ne sont pas à négliger. À Bamenda, la majorité des coiffeuses ne se soucie pas de la santé de leurs clients. Vous entrez dans un salon de coiffure pour des tissages et rien qu’à la vue des aiguilles vous avez le vertige. Si elles ne sont pas rouillées, les aiguilles servent parfois de cure-dents dans les salons. La coiffeuse vous piquent avec ces aiguilles plus qu’elle ne vous coiffe. S’il est vrai que j’ai décidé d’acheter mes aiguilles, il est aussi vrai que chaque fois que j’ai demandé à la coiffeuse de stériliser ce matériel, elle a toujours trouvé une excuse : « l’alcool est fini », « la bougie que j’avais est perdue, est finie », mais je demande toujours « c’est perdu mais pas fini au marché ». Il faut voir comment elle le fait avec paresse.

Les lames de rasoir

C’est l’outil fétiche des femmes lorsqu’elles veulent s’épiler et il n’est pas rare de les voir se partager une lame pour économiser 25F et courir le risque d’être contaminer. Si vous faites la remarque à l’une d’elle, vous aurez une réponse du genre « c’est ma personne non, elle n’est pas malade ». Comme si le sida se lit sur le visage.

Ceux qui  manipulent aussi bien ces outils, ce sont les marabouts. Vous savez de qui je parle non, ces personnes qui mettent des plaques de publicités partout en disant qu’ils peuvent résoudre vos problèmes. Que ce soit l’envoûtement, la pauvreté, les mauvais rêves, la jalousie, il peut tout résoudre. Ils créent plus de problèmes dans les familles qu’ils n’en résous. Bon je disais que le marabout pour résoudre vos problèmes doit passer par les blindages. Il sort une lame on ne sait d’où, ou alors ce sert d’une même lame pour plusieurs membres d’une famille, pour que cela soit une réussite, il  doit vous blesser plusieurs fois à divers endroits du corps. Ensuite il sort une pâte noire, dans une boîte sale et dont l’odeur vous fait penser aux selles séchés et avec tout cela l ne faut pas vous laver  pendant plusieurs jours pour que le blindage marche.

On ne croit pas en l’efficacité du gratuit

Les camerounais sont méfiants quand une chose leur est donné gratuitement (sauf en ce qui concerne la boisson). Bref je veux dire que lors des campagnes de dépistage, quand on distribue les préservatifs, les camerounais gaspillent. Pour les antirétroviraux, quant il faut aller les chercher vous avez des discours du genre « tu es sure que les produits là guérir même, je n’ai pas confiance aux choses gratuites ». Faut-il vendre pour que le camerounais sache que c’est de la bonne qualité ?

Les pénuries d’antirétroviraux

C’est l’information majeure qui m’aura marquée cette année. Nous avons eu une pénurie des médicaments pour les malades du Sida. Ces malades qui s’accrochent désormais à ces médicaments comme le seul espoir qu’ils ont d’attendre que l’on trouve un vaccin contre le Sida. Nous ne fabriquons pas ces médicaments au Cameroun et je pense que des pénuries d’antirétroviraux, nous en aurons  désormais. De quoi être jaloux de sa santé et la préserver.

Une jeune fille ne réalise pas la chance qu’elle a d’être enceinte après un rapport sexuel non protégé. Cette grossesse est une chance qui lui ait donné de prendre conscience du risque qu’elle a encourue en refusant de se protéger, le garçon aussi d’ailleurs. On parle de zéro nouvelle infection, zéro discrimination, zéro décès lié au Sida, mythe ou réalité ? C’est à nous de décider, le défi, le plus grand d’ailleurs est lancé aux personnes séronégatives, il est question pour elle de ne pas changer de statut et il ne suffit que d’un acte pour se faire, alors ne le posons pas.

 

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Salma
Salma est Camerounaise et journaliste, formée à l'ESSTIC. Elle a été reporter pendant 10 ans pour le mensuel sur la santé des adolescents «100% jeune». Elle a également travaillé pour le magazine sur l'environnement «Together». Sur la toile, elle a travaillé pour des sites comme Goducamer.com, cameroon-info.net, Mboablog, Kamerhiphop, reglo.org. Elle est une passionnée par l'écriture en ligne. Actuellement à Bamenda, elle est journaliste à la Radio Evangelium. Elle continue à évoluer dans la presse écrite en tant que correspondante pour des parutions telles que «Horizons 2035» et «Musiki».

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