A:Salma

Les taximen sont des prisonniers

A: Salma

Être taximan ce n’est pas facile de nos jours au Cameroun comme tous les autres métiers d’ailleurs. Vu ce qui se passe en une journée si vous êtes auprès d’un taximan, vous serez traumatisés. Les mange-mil* à tous les carrefours qui vous inventent des motifs pour vous soutirer de l’argent, un mécanicien qui enlève une pièce sur votre véhicule et vous le revend le double du prix, des feux de signalisation qui ne marchent  et qui vous imposent de jouer avec vos nerfs pour choisir le bon moment de se frayer un chemin, et sous un soleil ardent, les klaxons et les embouteillages.

S’il est vrai que ce métier est difficile, il est aussi vrai qu’il ne l’est pas plus que les autres métiers. Je veux dire que chacun selon sa profession a son degré de stress. Hé bien les chers taximen en ce qui concerne la majorité ne sont pas des gens très gentils. Parfois, vous entrez dans son véhicule en le saluant, non seulement il ne répond pas mais quelques fois il démarre alors que vous avez encore un pied dehors et il vous lance « fais vite non, tu fais quoi comme une femme comme ça » (quand c’est un homme), lorsque c’est une femme il vous lance « pardon laisse-moi tes bonjours là et ferme ma portière les mbérés (policiers) peuvent me prendre ici là».

Une fois  assis vous avez droit à plusieurs scenarii. Toutes les portières n’ont pas de remontoir ( et même si la voiture est automatique, les boutons pour le faire sont gâtés) et il vous faut demander cela au taximan qui vous répondra selon ses humeurs « c’est gâté » ou encore « on a enlevé cela car les clients dérangent surtout les femmes l’une monte dans la voiture et veut baisser la vitre, la suivante monte et veut la monter pour protéger sa coiffure ». S’il est gentil, il baisse un peu la vitre, sinon vous devrez mourir de chaleur « est ce qu’il vous a envoyé vous habiller comme ça ? ».

Des fois quand vous monter dans un taxi très tôt le matin, vous êtes surs à 90% de sortir de là avec un vêtement tâché car il vous dira « je viens de sortir j’étais à la laverie et ça n’a pas bien séché ». Sans s’excuser et même s’il le fait votre habit est déjà coloré. Certains quand vous êtes dans leur taxi vous mettent de la musique et les baffles sont installés sous vos oreilles, quand vous lui demander de baisser le volume il le fait à son temps voulu et juste un peu « si tu n’es pas content tu me paye et tu descends ou alors tu paye ta voiture ». Même si vous recevez un appel, c’est à peine s’ils pensent à réduire ce volume.

Les uns sont des champions de la surcharge et pas n’importe laquelle. Imaginez-vous un taximan qui a une voiture de marque Starlet et ne prend que des clients qui sont très gros, même si vous êtes assis derrière, cette voiture ne conviendra plus à trois personnes (et les  africaines sont cambrées). Aussi, s’il ne choisit pas de vous imposer le poids de ses clients, il vous fera ne plus aimer le siège avant. Une fois que vous entrez il vous signale « je vais surcharger hein ». S’il voit que vous vous entêtez, il choisit un passager très sale (un mécanicien, couvert d’huile de moteur, un basketteur qui rentre du sport et est couvert de sueur, ou une bayam-sellam avec sa tenue de combat), ce dernier entre en vous bousculant d’abord, vous regardez vos habits et vous avez pitié. Il se frotte à vous et les salit avec joie. Il peut aussi être propre hein mais une fois auprès de vous, il passe son bras sur vos épaules et à vous les odeurs que dégagent ses aisselles et leur sueur (le taximan sifflote et conduit, il n’a pas de problème, est ce que c’est lui qu’on serre ?). Quand ce n’est pas ça vous vous faites caresser par un cafard qui s’est infiltré sous vos vêtements.

A: Salma

A Bamenda la plupart des taximen n’ont pas de badge d’identification, et quand bien même ils l’ont, soit ils tournent la partie où figure les informations sur lui du côté du pare-brise, soit il y a du scotch et à vous de deviner la fin de son nom. J’en ai connu qui étaient des champions de fausses pièces de 500fcfa. Ils collectionnaient ces pièces et quand il fallait rembourser de l’argent à un client, il glissait une ou deux fausse pièces dans la somme à rembourser et s’en allait. La plupart ne garent jamais les véhicules à l’heure convenue avec les propriétaires. Ils excellent dans l’invention des pannes et des raisons pour ne pas verser toute la recette « il faut quand même que je prenne Une après le boulot ».

Ne lui dites jamais que vous êtes pressés, si vous avez proposé 100F il dira « si tu étais pressé tu n’avais qu’à payer une course », si vous avez bien payé, il vous dira toujours « est ce que c’est moi qui fait les routes ou qui crée les embouteillages ? ». Et quand ce ne sont pas les embouteillages, vous avez un bonhomme qui s’arrête brusquement et se met à causer avec une de ses connaissances pendant des minutes sans se gêner de votre présence. Quand il finit sa causerie, il est à nouveau disposé à vous mener à votre destination (qu’il vous demandera à coup sur de répéter tellement ses causeries l’ont emporté). Avec ça, que pensez-vous qu’il faut faire d’eux ?

*policiers

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Salma
Salma est Camerounaise et journaliste, formée à l'ESSTIC. Elle a été reporter pendant 10 ans pour le mensuel sur la santé des adolescents «100% jeune». Elle a également travaillé pour le magazine sur l'environnement «Together». Sur la toile, elle a travaillé pour des sites comme Goducamer.com, cameroon-info.net, Mboablog, Kamerhiphop, reglo.org. Elle est une passionnée par l'écriture en ligne. Actuellement à Bamenda, elle est journaliste à la Radio Evangelium. Elle continue à évoluer dans la presse écrite en tant que correspondante pour des parutions telles que «Horizons 2035» et «Musiki».
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3 commentaires sur “Les taximen sont des prisonniers

  1. les taxi mens ne peuvent que refléter l’image même interne du pays c’est un peu le manque de civisme dans notre cher beau pays cette perdition de moralité perdure de plus en plus alors il faut aller voir le mal à sa racine c’est à dire le gouvernement qui occulte toutes bonnes et mauvaises choses au peuple car c’est lui qui nous éduque

  2. c’est ta vision des choses mon cher Donald mais je trouve qu’il est très facile de dire que c’est l’état, plusieurs d’entre nous on eu droit au cors de moralité par exemple mais nous choisissons les jours où nous les appliquons ou pas, le mal mon cher vient de nous et nos mentalité. quand on saura que le client est roi et que c’est pour lui que l’on exerce telle ou telle autre activité, ces comportements changeront.

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