Le puits à baby-Sitter

S’il y a une chose pour laquelle Bamenda est réputée, c’est pour ses baby-sitters. Chaque année de nombreuses  familles se séparent de quelques enfants ou adolescents qui vont à la capitale pour travailler et « devenir quelqu’un ». Elles travaillent pour des couples très occupés ou encore des étudiantes qui sont déjà mères. Il faut dire que le terme « baby-sitter » ici n’est pas approprié car elle est aussi la technicienne de surface et vit avec ses employeurs. Leur recrutement se passe soit par des agents qui vivent à la capitale et proposent ce genre de service, soit par le bouche à oreille c’est-à-dire une fille qui fait ce travail et en parle à une autre. En ce qui concerne les agents, quand la demande est forte, ils demandent une caution (varie de 15 à 25000FCFA) pour se rendre dans la région et s’occuper des frais de transport du futur employé.

Une fois à Bamenda, ce dernier se rend dans les différents villages éloignés pour convaincre les parents de lui confier leur enfant. Il ira avec lui à la capitale pour étudier et travailler et pourra leur envoyer de l’argent chaque mois. La plupart de ses enfants sont soit des orphelins, soit des enfants issus d’une famille pauvre qui n’a pas les moyens de l’envoyer à l’école. Après leur avoir remis une enveloppe et d’un commun accord, il s’en va avec l’enfant et la plupart du temps la réalité est autre. J’ai rencontré Liliane un jour en sortant de l’école. Je m’étais rendue chez une amie qui me la présenté pour que j’écoute son histoire: « Je suis originaire du Nord-ouest, j’ai  12ans. Je suis arrivée à Yaoundé  il y a deux ans avec un monsieur qui a l’habitude de venir chercher les enfants au village pour travailler à Yaoundé. Il a promis à mes grands-parents qu’une fois ici, je fréquenterais ou alors suivrais une formation en cours du soir. Il m’a emmené chez un couple qui avait un enfant de six mois dont je devais m’occuper. Il a été convenu qu’ils devaient me payer 15000F et au lieu de me donner l’argent, ils paieraient ma formation, le nécessaire  et mes besoins divers avec 10000F et enverraient 5000F à ma famille chaque mois. Durant deux ans, je n’ai jamais mis le pied dans une école et envoyais  de l’argent à mes parents rarement en prétextant que j’étais malade. Je me levais à quatre heures ou à chaque fois que le bébé pleurait et je devais le bercer jusqu’à ce qu’il se rendorme. En journée je devais le porter, sa maman ne devait pas le trouver en train de pleurer sinon elle me ruait de coups avec une courroie de transmission. Je dormais sur un pagne installé à même le sol au salon pourtant le bébé avait  une chambre spacieuse. Je mangeais une fois par jour et les jours où il m’arrivait de manger plusieurs fois c’était quand il fallait se débarrasser d’un repas en putréfaction. S’il arrivait que toute la famille sorte, j’avais droit à un litre et demi d’eau et je restais à la véranda en attendant leur retour. Ces deux derniers jours j’ai été privée de repas parce qu’à cause d’une blessure, je n’ai pas pu laver la bassine d’habits qui m’était destinée ».

bebe

Elle était sur le chemin du départ pour une agence de voyage en direction de Bamenda. Sa patronne lui avait remis 10000fcfa pour payer la facture du câble et était allée à l’hôpital avec son enfant. Elle en avait profité pour s’échapper. Le cas de Liliane n’est pas isolé j’ai entendu parler d’enfants qui travaillent sans relâche pour des restaurants et dans des conditions inhumaines. Les familles avec lesquelles je me suis entretenue sont formelles « nous ne laissons plus nos enfants aller travailler à Yaoundé. Pour qu’ils travaillent chez quelqu’un, il faut que la personne réside à Bamenda, ainsi nous pourrons nous même aller voir dans quelles conditions il travaille. Nous n’avons plus les enfants à maltraiter ».

C’est une bonne décision mais qui hélas ne sera appliquée que par ceux qui vivent en ville, pour les habitants des villages environnants ils continueront à se faire duper, ainsi la fin du trafic d’enfants n’est pas pour demain.

Salma

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Salma
Salma est Camerounaise et journaliste, formée à l'ESSTIC. Elle a été reporter pendant 10 ans pour le mensuel sur la santé des adolescents «100% jeune». Elle a également travaillé pour le magazine sur l'environnement «Together». Sur la toile, elle a travaillé pour des sites comme Goducamer.com, cameroon-info.net, Mboablog, Kamerhiphop, reglo.org. Elle est une passionnée par l'écriture en ligne. Actuellement à Bamenda, elle est journaliste à la Radio Evangelium. Elle continue à évoluer dans la presse écrite en tant que correspondante pour des parutions telles que «Horizons 2035» et «Musiki».

4 commentaires sur “Le puits à baby-Sitter

  1. Che Salma, it is true but this story is a bit exaggerated.There are very happy and successful ones too.The adventures of baby sitters are not as dark as you paint in this story.As a journalist where is the other side of the story?Before going to press you need to talk to the girls mistress or to get her reation on such allegations.However keep up.I love reading such societal issues you take time to bring to the lime light.

  2. true or not true there is always the part of reality within the story because i’m a witness of many such trafic of baby sitter from eastern region to yaoundé and douala from the far west region to others innocent people are in slain

  3. Salma, je decries ce fleau qui nous ronge et je peux t’assurer qu’il y a des personnes aussi qui prennent des baby-sitters de l’Afrique en Europe et des fois ce sont meme les membres de leur famille. Je me pose bien la question. En faisant travailler une jeune fille de 18-20 ans pendant plus de 10 ans chez soi, sachant qu’elle ne va pas a l’ecole et n’apprend aucun autre metier, quel avenir lui offrons nous ? Pensons nous au fait qu’elle devra trouver mari un jour, qu’elle aussi devra etre dans un cadre propice pour faire ses enfants ? Non. Tout ce a quoi ses boss pensent, c’est les habits de toute la maisonnee qu’elle doit laver et les 4 enfants qu’elle doit bercer et meme du repas qu’elle va preparer, sans oublier de la maison qu’elle doit astiquer alors que bien souvent la patronne est aussi une « femme au foyer »… C’est un vrai fleau, merci de l’avoir denonce.

  4. comme isaka l’a dit tantot ceci n’est qu’une face de la médaille, bcp d’entre elles s’en sortent et on accés une education digne de ce nom en fesant ce métier. Maintenant, des brebis galeuse qui abusent de ces jeunes filles en les fesant travailler comme des esclaves, il y en aura toujours et il y en aura surtout peu importe le corps de metier.

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