Parade des journalistes dans un hôtel

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S’il y a une vision que la majorité du public connait du métier de journaliste, c’est la célèbre expression « est le plus beau métier du monde ». Je ne sais qui l’avait déclaré pour la première fois et à quoi il voulait faire allusion mais je ne pense pas qu’il soit camerounais.

Vu comment il faut couvrir des affrontements, des éruptions volcaniques, des émeutes, tous ces évènements du quotidien qui nous met un jour ou l’autre face à la mort, je dirais que c’est un métier à risque où, le choix d’un bon risque vous met en haut ou pas. Dans mon pays la plupart des journalistes sont célèbres parce qu’ils interviewent des personnalités ou connaissent le plus grand nombre de personnes de la haute société. C’est bien loin du terrain en tout cas.

J’ai assisté dernièrement à une conférence de presse dans un hôtel de la place. Tout ce que je peux dire c’est que les trois années passées à Bamenda ne m‘ont pas beaucoup éloigné de la réalité du métier de journaliste chez nous. Dans ce genre de conférence, les différents profils de journalistes défilent devant vous et vous prouvent pourquoi on ne nous prend pas au sérieux. J’ai pu remarquer le premier groupe, celui des journalistes des médias qui ont le vent en poupe. Ce groupe composé des journalistes qui vous dit à peine «  bonjour » quand vous voulez les orienter et vous prouvent qu’ils ont l’habitude de la chose. Ces journalistes vous répondent à peine, estiment que vous avez plus besoin de leur présence qu’eux de la vôtre et c’est à peine s’ils ne vous diraient pas volontiers « écartes-toi de mon chemin, laisse passer le professionnel ».

Le deuxième groupe est celui des journalistes invités par le ministère qui est en charge de l’évènement. Ils se considèrent aussi comme « les ministres des journalistes » et exigent avoir droit à tous les honneurs. Le mot de passe suspendu à leur bouche « c’est le ministre qui m’a invité », un peu comme une formule magique à la « sésame ouvre-toi » et s’il vous plait déroulez lui le tapis. Ce dernier veut « être près du ministre » et n’essayez pas de le forcer à s’asseoir ailleurs quoi ?vous voulez recevoir les foudres du ministre ?

Le troisième groupe et le plus fourni,  est celui de ce qu’on appelle chez nous « les journalistes du Hilton ». Ce sont en fait des journalistes qui n’ont reçu aucune invitation mais ont eu l’information soit par d’autres médias, soit par un ami qui travaille dans un média. Ce que je peux reconnaitre c’est que les journalistes de ce groupe sont très polis (normal ils n’ont pas été invités). Ils se présentent et vous donnent le nom d’un média que vous ne connaissez pas « je suis Taro, journaliste à Sauce jaune Tv, etc » et veulent vous prouver qu’ils ont une couverture internationale. Ils vous demandent des documents pour avoir des informations complètes sur la raison de leur présence là. Ils peuvent rester debout ce n’est pas un souci. Contrairement aux deux premiers groupes où les gens sont fiers, eux ont toujours cette question magique « on émarge où ? ». Entendez par là « ne m’oubliez pas lors du partage du perdiem ». Très souvent, ils sont les premiers en rang au buffet et toujours insatisfaits.

S’il y a une chose qui est commune à tous les groupes, c’est la question « où est la liste ». Ne tracassez pas vos méninges, c’est une liste où on met tous les cordonnées du média et qui très souvent donne l’information aux journalistes présents qu’il y aura de l’argent de taxi. Autre chose que je m’explique toujours pas, est ce une obligation qu’un journaliste pose toujours des questions à la fin d’une conférence ? Vous me direz « Oui » car cela lui permettra de recueillir des éléments pour étoffer son article ou que c’est une preuve de démocratie. Je suis d’accord. Mais quand on lève le doigt et que l’on fait un long discours sur les remerciements à l’endroit des autorités, que l’on fait des comparaisons que personne dans l’assistance ne comprend et que, pour couronner le tout on plonge dans des histoires de la bible « à la Sodome et Gomorrhe », ou le déluge de Noé, ou je ne sais trop quoi, il y a un problème. Un problème quand à la fin de ce discours de 15 minutes on se rend compte que c’était tout sauf une question.

Il y a un problème réel sur cette vision « du plus beau métier du monde » au Cameroun.

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Salma
Salma est Camerounaise et journaliste, formée à l'ESSTIC. Elle a été reporter pendant 10 ans pour le mensuel sur la santé des adolescents «100% jeune». Elle a également travaillé pour le magazine sur l'environnement «Together». Sur la toile, elle a travaillé pour des sites comme Goducamer.com, cameroon-info.net, Mboablog, Kamerhiphop, reglo.org. Elle est une passionnée par l'écriture en ligne. Actuellement à Bamenda, elle est journaliste à la Radio Evangelium. Elle continue à évoluer dans la presse écrite en tant que correspondante pour des parutions telles que «Horizons 2035» et «Musiki».

5 commentaires sur “Parade des journalistes dans un hôtel

  1. Eh bien, eh bien… Quel tableau ! J’avoue avoir ri, parce que vraiment pas moyen de faire autrement… Cependant, cela est bien triste. Ton billet donne notamment à voir les difficultés de la presse, de ceux qui font ce métier, au Cameroun, comme dans bien d’autres pays. Parce que vraiment, quel serait l’intérêt pour un journaliste qui gagne bien sa vie et qui est suffisamment occupé par l’exercice de son métier de se déplacer dans un événement dont il n’a rien à faire pour « profiter » ?
    Quant à ceux qui posent des questions/commentaires inutiles, cela arrive souvent. Le désir de se faire voir, de se rendre intéressant, est très puissant chez certains… Les journalistes n’échappent à pas la règle. 😉

  2. D’abord chapeau pour ce billet car il dépeint réellement le caractère ou comportement de certains journalistes. Ce n’est pas seulement au Cameroun. Eh oui, moi je suis ivoirien, titulaire d’un diplôme en journalisme même en Côte d’Ivoire. En parcourant les trois (3) groupes, je retrouve certains dans l’un ou l’autre. N’est-ce pas là, le comportements des journalistes africains? Une dernière chose, je crois que même s’il y a des brebis galeuses ( il y en toujours), le journalisme reste le l’un des métiers le plus beau au monde. Ne doute jamais, ne l’oublie pas. Cordialement 😀 !

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