C’est la maison qui offre

buvette de vin de palme à Bamenda
buvette de vin de palme à Bamenda

Je me rends bien compte qu’en lisant le titre, de nombreuses personnes penseront à ces cadeaux ou promotion offerts par diverses sociétés de la place. Je dirais oui, mais pas exactement. En Afrique nous n’avons pas la culture du pourboire. Je n’ai jamais compris pourquoi on devait donner une récompense à une serveuse qui me foudroie du regard. Elle me passe au scanner visuel de la tête aux pieds et quand il faut prendre les commandes, quand il s’agit de moi, elle le fait d’un ton menaçant et écoute à peine la fin de ma phrase qu’elle s’en va.

En tout cas j’ai leur remède. Quand elle vient avec une boisson glacée je lui dis « oh non j’ai dit non glacé » et quand elle rapporte la boisson glacé je lui dis « faut changer le verre il n’est pas propre ». Elle tire les pieds tant qu’elle peut mais ne peut refuser de le changer : «  la cliente est reine ». Les serveuses du Cameroun ont de quoi être stressées. Si à Yaoundé et Douala leur salaire varie de 25 à 40000Fcfa selon l’établissement, à Bamenda, les serveuses perçoivent 5 à 20000f et encore le salaire est irrégulier. Elles vivent en cohabitation, seule ou dans le bar qui les emploie.

Ce métier que l’on semble simplifier, nécessite d’avoir des nerfs en acier. Elles sont celles qui ouvrent et ferment les bars. Elles font le ménage à l’ouverture et à la fermeture. Pour les conditions de travail c’est un cauchemar. Les camerounais ont pris pour habitude de les mépriser. Je veux dire qu’une fois que vous dites que vous êtes une serveuse, la connotation qui apparait est celle de « fille facile », de « bordelle », « fille finie qui a raté sa vie », etc.

Pourtant pour qu’une telle croyance s’installe, ce sont les camerounais qui ont fait des serveuses ce qu’elles sont devenues. C’est la maison qui offre veut dire pour moi qu’en vous rendant dans un bar le gérant n’a pas besoin de vous dire que les serveuses sont un cadeau offert par la maison. Pour passer une commande de boisson il n’est pas rare qu’un ou plusieurs clients tripotent la serveuse à chaque lettre qu’elle écrit pour prendre leur goût.

Aucun élément de l’anatomie n’est oublié et en guise de consolation les mots qui vont avec « tu as compris ma chérie », « hein bébé ». Certaines m’ont avoué qu’ « au début c’est traumatisant, mais on fini par s’y faire ». Quand vous refusez le patron se fâche car pour lui « tu chasse mes clients ». Pour d’autres, elles sont catégoriques « le client vient pour boire et non pour me toucher, quand cela m’arrive, je le repousse gentiment ou alors je fais appel au vigile ». Les camerounais sont rusés. Il n’est pas rare que l’un d’eux fait semblant d’être saoul pour se permettre de passer ses mains n’importe où sur vous (Florian en sait quelque chose).

Si une serveuse veut se plaindre et bien le patron n’y va pas par quatre chemins pour vous dire « tu crois que quoi ? Ce sont les clients de la maison faut leur faire plaisir ». Vous comprenez que c’est ça ou chercher un autre travail et le travail au Cameroun est une denrée rare et les patrons le savent résultat ils font du chantage. Résultat pour garder leur travail les serveuses sont devenues « gentilles » je dirais même « trop gentilles », mais bon , cela n’engage que moi.

Ces hommes qui vous tripotent n’importe comment sont ceux qui font des commentaires du genre « est ce que les serveuses sont des gens ? », « moi ! Épouser une serveuse que j’ai perdu la route ». Et je me demande pourquoi en la touchant tu ne te poses pas toutes ces questions ?

Il faut aussi avouer que les serveuses ne sont pas faciles. C’est elles qui vous font des factures en augmentant le prix global pour se payer elle-même son pourboire. C’est elle qui vous fusille du regard comme si vous aviez le même partenaire (c’est normal, quand vous êtes là, elle ne peut pas se faire draguer et avoir des boissons gratuites et de l’argent de taxi ou de ration). C’est elle qui n’a cure du fait que vous êtes entrés là il ya une demie heure, vous n’êtes pas assis et vous devez venir l’appeler. Quand elle se décide à venir prendre vos commandes, elle traine les pieds et vous vous rendez compte que vous buvez cette poussière avant que la boisson n’arrive.

Elle vous apporte des verres sales, huilés qui vous permettent de savoir à l’avance de quelle maladie vous soufrerez bientôt si vous vous entêtez à boire dedans. Après avoir ouvert votre bière elle prend la capsule gagnante sans votre avis.  C’est toujours elle qui ne veut pas aller faire de la petite monnaie parce que « vous n’avez pas signalé que vous avez un gros billet ».

On a beau parler mais on n’a pas le choix. Les bars se trouvent à tous les coins de rue. Quelques fois, c’est la courte distance et le prix bas qui vous pousse à vous abonner dans un bar. La majeure partie du temps, les patrons recrutent des « filles qui n’ont rien à faire » ou ne « sont pas allée à l’école » pour devenir des serveuses. Ils savent pertinemment que vu leur bas niveau scolaire et la précarité de l’emploi dans notre pays, elles ne négocieront pas pour un salaire très élevé.

Mais ils oublient juste une chose, la réussite d’une entreprise se joue de prime abord à l’accueil. Il est vrai que les clients ferment les yeux sur de nombreux mauvais comportements de la part des employés, mais cela n’empêche qu’ils supportent le temps de trouver mieux. Chers tenanciers de bar, l’accueil, le bon service, le sourire, la chaleur et la convivialité doivent faire partis de ces choses primordiales offertes par la maison.

 

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Salma
Salma est Camerounaise et journaliste, formée à l'ESSTIC. Elle a été reporter pendant 10 ans pour le mensuel sur la santé des adolescents «100% jeune». Elle a également travaillé pour le magazine sur l'environnement «Together». Sur la toile, elle a travaillé pour des sites comme Goducamer.com, cameroon-info.net, Mboablog, Kamerhiphop, reglo.org. Elle est une passionnée par l'écriture en ligne. Actuellement à Bamenda, elle est journaliste à la Radio Evangelium. Elle continue à évoluer dans la presse écrite en tant que correspondante pour des parutions telles que «Horizons 2035» et «Musiki».

3 thoughts on “C’est la maison qui offre

  1. Ton article est un traquenard! Toute personne qui commentera sera forcément un habitué des buvettes!!!

    A Lomé, c’est presque pareil mais plutôt rare! Dans les bars, on est rois, mais pas sur les corps des servantes! A moins d’être patient, beau parleur, et un peu mignon!

  2. Super article. Je note quand même qu’il y a quelques bars où les serveuses sont agréables. Je dirai aussi que plus le standing du point de vente augmente, plus le niveau des serveuses augmentent. Je ne connaissais pas le blog et suis ravie de cette belle découverte. Keep it up!!

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