Je ne suis pas une bamenda

« Je constate que nous les francophones sommes mal élevés ». C’est la conclusion que tire un ami avec  qui j’entame une discussion sur Bamenda et ses habitants.  Tout comme moi, il vient de Yaoundé la capitale. À mon arrivée dans la ville, j’ai été surprise par l’accueil et la gentillesse des personnes que j’ai croisées, des voisins m’ont concocté des mets locaux pour me souhaiter la bienvenue. Je ne peux compter le nombre d’inconnus qui m’ont salué dans la rue sans me connaitre. Vingt-huit années passées dans ma ville natale m’ont fait acquérir des habitudes qui paraissent normales pour nous « les francophones ».

L’usage du français et le fait de résider dans la capitale près du chef de l’Etat, nous donnent ce double orgueil face aux autres régions et surtout face aux anglophones, si bien que certains, une fois qu’ils arrivent dans la capitale, sont obligés de faire comme nous pour paraitre normaux. Chez nous les francophones, tu dis bonjour quand tu veux, tu réponds aux salutations quand tu veux si bien que nous avons cette célèbre expression « ton bonjour coûte combien ?dis moi je vais payer ». Chez nous les francophones quelqu’un peut vous demander un renseignement et vous ne répondez pas où vous lui indiquer l’endroit et c’est beaucoup pas besoin de se donner de la peine, il vous «  paye pour ça ? ». Le fait pour moi de me faire saluer ou souhaiter la bienvenue par des personnes que je ne connais pas a été un choc je l’avoue et ce n’est pas tout. Au marché, dans les supermarchés ou d’autres échoppes, on prend votre argent avec deux mains en vous remerciant. Paradoxalement à Yaoundé où les vendeuses ont le cœur glacé certainement à cause du froid qu’elles bravent pour avoir leurs marchandises. Elles vous injurient quand vous touchez à leur marchandise ou demandez le prix sans payer. De fois quand vous proposez votre prix elle maugrée « tsshhuuiipp », ne vous répond pas ou regarde ailleurs en vous traitant « d’ivou(sorcier) ». Tant pis pour vous si vous êtes bien habillé, elle va vous déshabiller avec sa bouche sans oublier d’être grossière. Et même quand vous achetez, quand elle est contente elle vous sert sinon elle vous lance l’emballage et vous vous débrouillez, surtout ne lui dites pas qu’il s’est déchiré.

Pourtant à Bamenda, quand il arrive qu’il soit obligé de vous servir avec sa main gauche, vous entendrez le vendeur vous dire « excuz my left hand ». Le vendeur est le premier à vous accoster et à prendre votre sac pour vous servir et vous ajouter un cadeau pour vous flatter, ce que font les commerçantes à Yaoundé très rarement ou quand elles veulent se débarrasser des vivres qui pourrissent oui là elles vous couvrent de cadeaux. S’il arrive que vous ne vous retrouviez pas, la personne à qui vous demander le renseignement fera chemin avec vous pour vous montrer cet endroit. Les enfants vous appellent « Anti » (nom familier pour dire Tante ».

« Les francophones sont étranges et froids » c’est l’avis de ma coiffeuse. Elle me fait part de sont court séjour chez nous et me dit qu’elle a été marquée par le fait qu’une fois à Yaoundé quand les voisins se disent « Bonjour » c’est beaucoup, ils ne restent pas  ensemble et ne s’occupent pas les une des autres. Cela m’a fait beaucoup rire et j’ai essayé tant bien que mal  de lui démontrer que pour nous cela est normal, mais elle ne s’est jamais faite à cette idée. Leur simplicité nous parait tellement étrange justement que nous avons crée cette célèbre expression « être un bamenda »c’est un verbe je ne sais de quel groupe, mais qui signifie « être con ». La phrase célèbre est « je ne suis pas un(e)bamenda » et on l’utilise chez nous le plus souvent quand le ciel annonce des chamailleries ou encore des moqueries.

Désormais je ne pourrais plus utiliser cette expression au risque de blesser cette population. Mais si être une « bamenda » c’est être courtoise, serviable, honnête, simple et joviale, alors j’en suis une.

 

 

 

 

 

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Salma
Salma est Camerounaise et journaliste, formée à l'ESSTIC. Elle a été reporter pendant 10 ans pour le mensuel sur la santé des adolescents «100% jeune». Elle a également travaillé pour le magazine sur l'environnement «Together». Sur la toile, elle a travaillé pour des sites comme Goducamer.com, cameroon-info.net, Mboablog, Kamerhiphop, reglo.org. Elle est une passionnée par l'écriture en ligne. Actuellement à Bamenda, elle est journaliste à la Radio Evangelium. Elle continue à évoluer dans la presse écrite en tant que correspondante pour des parutions telles que «Horizons 2035» et «Musiki».

11 thoughts on “Je ne suis pas une bamenda

  1. Heureusement que nous ne sommes pas tes « Bamenda » …… Touchant récit de ce qu’est la notion de vie en société au sein des multiples cultures qui nous entourent !!!!! Très bel article …. »as always » !!!!

  2. Hello Salma
    You are full of inspiration.I do hurry to read your blog whenever I realise there is something new on it.Your write-ups are very educative and I love them.Thank God you are in Bamenda living the reality on the field.The points you have raised in your article explain why I feel very unconfortable out of Bamenda my home town.More grease to your elbows.

  3. Oui, je ne suis pas un « Bamenda »… Tu as la chance d’être bilingue et de te confondre aux « Bamenda ». Qu’en est-il des monolingues comme moi qui ne savent pas dire un seul mot en « Bamenda » (anglais) ? L’intégration est-elle aussi évidente dans cette partie du pays ? Merci de plancher dessus SALMA.

    1. Ton monolinguisme est volontaire,les anglophones font plus d’effort que nous,ils n’ont pas honte d’écorcher le français.faisons de même et c’est tout.J’en ai fait l’expérience et çà marche

  4. What an outstanding piece you have written there Salma, Well done. In your writing you have painted the picture of a perfect (heavenly) society.Thank you for informing me of this huge contrast between the anglophones and the francophone in my beloved country.Thank you for highlighting this striking feature of our two distinctive, yet co-existing societies. I agree with you if being all these lovely things make one a « Bamenda », then from now on I will proudly call myself a « Bamenda ».

    Keep it up
    your the best.

  5. salma je ne te contrdirais pas, mais en même temps je dirais que au vu de mes nombreuses expériences dans cette ville de Bamenda puisque j’y ai de la famille les <> ne sont pas bonnet-blanc, blanc-bonnet, ce sont des personnes sournoises vis à vis des francophones, que ce soit à Bamenda ou ailleurs au cameroun PS:va à Soa et tu m’en dira des news

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